Affaire Lyhanna : réflexions en marge de la polémique
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Par Bernard Alexandre, avocat, associé du Cabinet Alexandre, Levy, Kahn, Braun et associés à Strasbourg.
Le 29 mai 2026, Lyhanna, onze ans, disparaît à la sortie de son collège. Son corps est retrouvé le 4 juin. Lyhanna a subi un viol avant sa mort. Jérôme Barella est mis en examen pour enlèvement, séquestration de mineure, viol et meurtre.
On est saisi par l’horreur totale du crime et rien, dans la réflexion qui suit sur le fonctionnement de la justice, ne doit détourner le regard du caractère absolument tragique de cette affaire.
Que deux camps se renvoient des anathèmes est, en soi, le signe de la sensibilité de l’affaire. D’un côté, on dénonce la « mécanique du bouc émissaire » ; de l’autre, on ignore le manque chronique de moyens de la justice en se focalisant exclusivement sur des sanctions individuelles. Mécaniquement, la vérité se situe toujours quelque part entre deux excès.
À ce stade, il faut rester factuel sur le traitement du cas Jérôme Barella par la justice. Dès 2017, celui-ci avait fait l’objet d’un signalement pour des relations sexuelles avec mineur. Sans suite. En 2022, une plainte l’avait visé pour viol sur un enfant de 9 ans, classée sans suite en 2024 après avoir navigué de façon erratique entre Béthune et Auch. En 2025 une plainte dénonçait des viols en série attribués au même homme sur une autre fillette de onze ans. Elle a circulé, une nouvelle fois dans le désordre, entre les parquets de Toulouse et d’Auch ; neuf mois et onze jours plus tard, à date de la disparition de Lyhanna, la plainte n’avait non seulement pas abouti mais Jérôme Barella expressément visé n’avait même jamais été entendu. Début 2026, un signalement pour d’autres faits similaires avait été adressé par l’Aide sociale à l’enfance au parquet d’Auch, transmis par un mail jamais reçu compte tenu d’un dysfonctionnement du filtre antispam.
Restant toujours factuel, il est constant que la France figure en queue du classement européen du nombre de juges par habitant.
Il n’est pas l’heure de juger mais il est grand temps de réfléchir à des axes d’amélioration.
L’avocat que je suis tire plusieurs enseignements de cette effroyable affaire :
Premièrement : augmenter le nombre de juges par habitant n’empêchera jamais les défaillances individuelles mais cela peut les réduire.
Deuxièmement : lorsqu’un magistrat se trompe d’adresse de transmission du dossier ou omet de cocher la case « urgent », il n’imagine évidemment pas qu’il laisse en liberté un meurtrier violeur d’enfant. C’est la notion de lien de causalité qu’appliquent au quotidien les tribunaux en matière d’infraction involontaire : la carence analysée chronologiquement est vénielle. Mais analysée rétroactivement en connaissant l’issue tragique, elle devient une faute grave. Les juges sanctionnent régulièrement par cette relecture chronologiquement inversée ; ils doivent accepter de s’appliquer également à eux-mêmes ce raisonnement.
Troisièmement : il existe manifestement une problématique organisationnelle liée à la transmission d’un dossier d’un tribunal à un autre. Les moyens technologiques actuels permettent des solutions simples et sécurisées.
Et de grâce, évitons tous les surenchères et cherchons ensemble les axes d’amélioration du système judiciaire – y compris les avocats, qui ne sont pas exempts du sujet et doivent aussi avoir un rôle exigeant de sentinelle.

©Abdesslam Mirdass