Frédéric Thommen et Alain Plet : la Meinau, fierté Strasbourgeoise

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 Article paru dans le hors-série HABITER, La ville politique –

Chantier titanesque attendu par tous les Strasbourgeois, le futur stade de la Meinau, qui sera livré en 2025, fait partie intégrante du patrimoine architectural local et constitue un puissant levier de marketing territorial. Retour sur une aventure à la fois politique, sportive et urbanistique avec Frédéric Thommen, directeur Construction, Patrimoine Bâti (EMS) et Alain Plet, directeur général adjoint du RCSA.

ON – C’est la seconde rénovation du stade, comment aborde-t-on un projet d’une telle ampleur ?

Alain Plet : Il faut dans un premier temps définir un cadre et se poser les bonnes questions : est-ce que l’on fait une rénovation sur site à la Meinau ou est-ce que l’on construit une nouvelle enceinte ailleurs ? Quelle jauge ? Quelle structuration de l’offre ? Quels marqueurs forts identifiant le mieux l’équipement dans son territoire ? Pour répondre à ces questions, nous avons pensé qu’il était nécessaire d’avoir une approche méthodique et donc de faire réaliser, en collaboration avec l’Eurométropole de Strasbourg, propriétaire de l’enceinte, et la Ville de Strasbourg, une étude de faisabilité.

Pour des raisons de coût et de sensibilité, il était préférable de rester à la Meinau. La construction de 1984 est une réussite sur le plan structurel, techniquement parlant. Un stade neuf avec une jauge de 30 000 places aurait coûté forcément plus cher, entre 250 et 300 millions d’euros, incluant le foncier et les infrastructures de desserte. Il y a également un attachement populaire : le football à Strasbourg c’est à la Meinau.

Concernant la jauge, nous avons pu bénéficier du retour d’expérience des stades construits pour l’Euro 2016 qui correspondaient aux normes voulues par l’UEFA, organisatrice de la compétition, avec des jauges minimums à 40 000 places. Un événement ponctuel, aussi important qu’un championnat d’Europe des nations ou une Coupe du Monde, n’a absolument rien à voir avec une exploitation récurrente type championnat national et nous souhaitions un stade qui soit plein à chaque match de championnat. Les différentes analyses nous ont conduit à la jauge autour de 30/35 000 places.

© Marc Swierkowski & Populous

Frédéric Thommen : L’ambition de ce projet c’est avant tout d’améliorer l’expérience spectateur, c’est-à-dire donner un meilleur confort pour tous. L’ambiance générale va être améliorée avec plus de services, des boutiques, des kiosques de restauration… Il y a aussi un objectif économique de valorisation de l’équipement par la collectivité et par son principal locataire qui est le RCSA. Nous souhaitons donner envie au public de venir. Le public du Racing est l’un des meilleurs publics de France, il réunit tous les 15 jours, 25 000 personnes. Ce nouveau projet, on le pense non pas pour répondre à un événement exceptionnel qui arrive en France tous les 30-40 ans, mais pour un club qui est une institution sur le territoire, un acteur économique, associatif et social du territoire. On le pense pour répondre aux besoins de son public et à ceux de la collectivité. Ce futur stade est aussi un lieu de rayonnement et d’attractivité pour le territoire : c’est une forme de marketing territorial.

À la question est-ce que l’on rénove le stade ou est-ce que l’on en construit un nouveau ? La décision a été vite prise, tant par les élus que par le club : le foot à Strasbourg c’est à la Meinau. On savait que 40 000 places, au regard de la fréquentation du public et de la démographie du territoire, c’était probablement trop grand et difficile à rentrer sur un site comme la Meinau. Un consensus a émergé : nous nous sommes dit un stade à 30/32 000 places correspond à la juste jauge. Conclusion, mieux vaut un stade plein à tous les matchs, toute la saison et quelles que soient les équipes que l’on reçoit.

« LE FOOTBALL À STRASBOURG C’EST À LA MEINAU. »

Alain Plet

© Populous et Rey de Crecy-Luxigon
Extension restructuration du stade de la Meinau, vue aérienne.

ON – D’un point de vue opérationnel, comment se passe la collaboration avec le cabinet d’architecture anglais Populous ? Pourquoi avoir choisi ce cabinet précisément ?

F.T. : Nous avons lancé un concours, c’est évidemment la règle dans les marchés publics, mais c’est aussi un principe de compétition qui rejoint ce que l’on peut avoir dans le domaine sportif, c’est-à-dire que l’on sélectionne la meilleure équipe ! C’est l’agence anglaise Populous qui a été retenue. Elle a une grande expérience de ce type de projet et a construit énormément de stades, en Angleterre et dans le monde entier. Ce sont ceux qui ont le mieux compris les grands objectifs du programme ; comme par exemple l’organisation fonctionnelle du stade, à savoir maintenir l’esprit de la Meinau.

Il fallait réussir à enrichir l’expérience de la fan zone, agrandir la tribune Sud sans la démolir complètement. Il fallait réussir également à garder l’image du stade. La Meinau est une superbe enceinte sportive, c’est un stade fermé, à l’anglaise, près du terrain… Populous a su être sensible à l’architecture qui existait déjà, ce point-là était essentiel. C’est aussi le projet qui avait la plus petite emprise au sol, qui démolissait le moins et donc qui reconstruisait le moins. Ainsi, en termes de performances environnementales, il y avait un écart positif important.

A.P. : L’Eurométropole de Strasbourg étant le propriétaire, le concours devait répondre au code des marchés publics. L’expression, « le stade de demain avec l’ambiance d’aujourd’hui », résume tout : un stade avec une ambiance populaire et conviviale, où les supporters se sentent en sécurité. Un lieu où l’on va passer une soirée, un bon moment, et pas uniquement assister à un match de foot. Les collectivités ont vraiment joué le jeu, et la réunion du jury pour choisir le lauréat du concours de maîtrise d’œuvre a été un vrai bon moment de travail. Tous les membres se sont impliqués, ont pris du plaisir et il y a eu une quasi-unanimité sur le choix du projet. Le phasage proposé par Populous a également été un élément important dans ce choix, car l’organisation des travaux, qui vont durer trois saisons, doit permettre de continuer à jouer sur site, mais également de préserver une jauge minimum de 19 000 spectateurs.

ON – Panneaux solaires, système de captage des eaux de pluie et même emploi de matériaux de récupération (comme des morceaux de fuselage d’Airbus), peut-on parler d’un stade éco responsable ?

F.T. : Avec Populous, on a trouvé une équipe expérimentée et qui sait être à l’écoute, c’est extrêmement agréable de travailler avec eux, ils savent intégrer toutes les dimensions du projet. Leur proposition a su ainsi prendre en compte le contexte urbain et paysager : peu de démolition, peu d’emprise au sol, donc plus de place pour planter, avec un bilan carbone qui se trouve de fait plus performant. Il y avait également l’idée d’utiliser des matériaux de récupération… Des propositions très convaincantes et qui répondaient de façon pertinente à notre cahier des charges.

A.P. : Cela a toujours été le souhait de la Maîtrise d’ouvrage et à l’époque où l’on vit, ne pas prendre en compte la dimension écologique d’un tel chantier serait une erreur fondamentale. Au niveau de l’exploitation, nous avons également une idée très précise de ce que l’on veut faire. La collectivité propriétaire souhaite que cet équipement puisse fonctionner de la manière la plus vertueuse qui soit et nous sommes alignés sur ce sujet.

« L’AMBITION DE CE PROJET C’EST AVANT TOUT D’AMÉLIORER L’EXPÉRIENCE SPECTATEUR. »

Frédéric Thommen

© Populous et Rey de Crecy-Luxigon
Restructuration du Stade de la Meinau vue Sud-Est.

ON – Le stade de la Meinau c’est avant tout le stade d’une équipe, celle du Racing Club de Strasbourg. Que signifie cette rénovation pour le Club et plus largement pour la ville de Strasbourg et ses habitants ?

A.P. : Avant tout, la Meinau appartient au territoire, à Strasbourg, à l’Alsace. Le premier marqueur important du stade sera sa fan zone. Actuellement cet espace sécurisé de 2 000 m2 permet d’accueillir nos fans 2 heures 30 avant le début du match. Nous allons développer ce potentiel avec une surface nettement supérieure qui accueillera différents services tels que la boutique du club, un sport’s bar un écran géant, etc. En dehors des matchs, elle sera ouverte sur le quartier, ce sera une sorte de « place du village », un trait d’union avec le quartier. Le deuxième marqueur fort sera la coursive supérieure, protégée des intempéries, qui permettra de faire le tour complet du stade. On y retrouvera tous les services indispensables tels que les buvettes, les points merchandising, les sanitaires, les points infos, etc. Le troisième marqueur sera le regroupement des hospitalités dans une seule et même tribune, la Sud, afin de favoriser les échanges entre nos différents partenaires et surtout permettre une exploitation rationnelle sans avoir besoin d’activer la totalité de l’enceinte lorsque nous organiserons pour nos partenaires des séminaires ou autres réunions. Ces espaces, avec vue sur la pelouse et réunis par un atrium central servant d’entrée commune, pourront être transformés selon les besoins.

Ce qui est rare et formidable, c’est qu’il y a peu d’endroits en France où le club local et les collectivités fonctionnent de cette façon-là. Ce projet porté par l’Eurométropole de Strasbourg coûtera 100 millions d’euros hors taxes toutes dépenses confondues, répartis comme suit : 50 millions financés par l’EMS, 25 millions par la Région, 12,5 millions par la Ville de Strasbourg et 12,5 millions par la Collectivité Européenne d’Alsace. À cela s’ajoutent les aménagements intérieurs que le club va réaliser tels que la boutique, le sport’s bar, le siège du club, et les compléments d’aménagements dans les salons, qui s’élèvent à 10 millions d’euros. Parallèlement, le club s’est engagé à prendre à sa charge, à hauteur de 10 millions d’euros, la création d’un centre d’entraînement pour le groupe professionnel en proximité immédiate du stade, ainsi que la rénovation de son académie pour 15 millions d’euros. L’objectif est de créer un ensemble fonctionnel, urbain et accessible, permettant au Racing de bénéficier d’installations de haut-niveau pour s’ancrer durablement en Ligue 1, c’est toute la force de ce projet.

F.T. : L’idée derrière ce projet c’est aussi de faire vivre le stade toute la semaine. La fan zone sera un lieu de vie du quartier. L’ambition c’est aussi que le stade la Meinau soit un lieu, un équipement, à l’échelle de l’attractivité du territoire et qu’il ne vive pas seulement 6 h tous les 15 jours. C’est l’occasion également de requalifier les abords de ce grand équipement qui, dans le territoire municipal, est inscrit dans une trame verte et bleue correspondant à la ceinture verte et à des cours d’eau qui longent le stade. C’est l’occasion de valoriser tout ce potentiel paysager et environnemental. Les parkings vont disparaître, l’ambition conformément aux dispositifs de déplacement de la collectivité, c’est d’utiliser les transports en commun, nous discutons notamment avec la région et la SNCF pour augmenter les fréquences, afin que l’on puisse accéder au stade jusqu’à la gare Krimmeri sans changer à la gare centrale. Il faut augmenter le nombre de trams avec la CTS, favoriser les modes de déplacement vélos et marche, mettre au point des systèmes de parkings relais… En somme, il faut changer d’attitude !

La livraison d’un nouveau stade à l’Eurométropole et la Ville de Strasbourg, leurs habitants et tous leurs supporters y compris en Allemagne, n’a de sens que si le club se positionne en grand acteur du territoire, un acteur à l’écoute des politiques publiques des collectivités, dans son animation sociale, sa capacité à être un partenaire en matière de politique de mobilité, de gestion de déchets, d’économie avec les acteurs locaux… Aujourd’hui cet esprit de partenariat entre le RCSA et l’EMS existe très sincèrement, il y a une vraie synergie autour de ce projet.

« À L’ÉPOQUE OÙ L’ON VIT, NE PAS PRENDRE EN COMPTE LA DIMENSION ÉCOLOGIQUE
D’UN TEL CHANTIER SERAIT UNE ERREUR FONDAMENTALE. »

Frédéric Thommen

© Populous et Rey de Crecy-Luxigon
Extension restructuration du stade de la Meinau, vue sud-ouest.