Les IS, toute une histoire !

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Article publié dans le hors-série Terriennes, paru en mai 2026

Créés presque par hasard en 1987, les Internationaux de Strasbourg sont aujourd’hui le premier tournoi féminin français. Une ascension inattendue, marquée par des crises, des paris audacieux et une transformation stratégique.

Qui aurait pensé que l’initiative d’un particulier en 1987 allait devenir le premier tournoi féminin français et le troisième événement tennistique après Roland- Garros et le Paris Rolex Masters ? Il faut dire que le tournoi a connu quelques rebondissements en près de 40 ans : cinq propriétaires et trois sites différents.
Créé en 1987 par un Américain pour que sa fille puisse jouer au plus haut niveau, le tournoi alors appelé « Grand Prix de Strasbourg » se joue au Lawn Tennis-Club. « En 1988, Philippe Chatrier qui était président de la Fédération internationale de tennis, a proposé à Jean-Paul Klaus, président de la Ligue d’Alsace de le reprendre, se souvient Denis Naegelen, co-directeur des IS.

La joueuse Carling Bassett en 1987.

Il a accepté, à la condition que le tournoi se joue au siège de la Ligue, à Hautepierre. Deux Strasbourgeois ont été très actifs dans sa mise en place : André Haass, aujourd’hui président du comité départemental, et Pierre Staller, retraité dans territoire », précise Denis Naegelen. La raison : le changement de règles de la WTA. « Le circuit est passé d’un simple système de cahier des charges à une logique d’actif cessible : pour entrer dans le circuit, il faut acheter un tournoi existant », précise le directeur. En 2008, la FFT devient donc propriétaire des Internationaux de Strasbourg, mais pour une courte durée : dès 2009, elle veut céder le tournoi dont la gestion est jugée trop chronophage durant les préqualifications de Roland-Garros. « Quand Jean Gachassin m’a demandé mon avis, je lui ai dit que vendre le tournoi serait une erreur et contraire à ses ambitions de mettre en valeur la terre battue française et de développer le tennis féminin. À la fin du dîner, il me demande si cela m’intéresse, mais je n’en avais aucune idée, je me remettais tout juste d’une longue maladie. » Dominique Beau, le directeur de la Fédération, lui propose de candidater à l’appel d’offres. « J’ai été très surpris, car je ne suis pas affilié à la Fédération. C’est vrai que ma société Quarterback était l’agence événementielle officielle de Roland-Garros et que j’apportais des millions la Drôme. Ces deux hommes ont été le vrai moteur du tournoi à ses débuts. »

50 ans après la photo où les joueuses brandissent symboliquement un dollar, acte fondateur de la WTA. Au sein des joueuses présentes, Sabalenka, Rybakina et Svitolina rejouent la scène historique en 2020.

Conserver le tournoi WTA en France

Dans les années 90, les stars du tennis féminin mondial foulent la terre battue strasbourgeoise et remportent le trophée : Lindsay Davenport (1995-1996), Steffi Graf (1997), Jennifer Capriati (1999). « Mais il y avait des écarts très importants entre la première tête de série et la dernière à entrer dans le tableau », note Denis Naegelen. Au début des années 2000, le tournoi rencontre des difficultés financières, la Ligue envisage de le revendre à des Émirats. Une solution qui ne passe pas à la Fédération française de tennis qui veut garder en France la date stratégique du tournoi, juste avant Roland-Garros. « Christian Bîmes, le président de 1993 à 2009, a estimé qu’il faudrait des années pour retrouver un tournoi de cette catégorie sur le territoire », précise Denis Naegelen. La raison : le changement de règles de la WTA. « Le circuit est passé d’un simple système de cahier des charges à une logique d’actif cessible : pour entrer dans le circuit, il faut acheter un tournoi existant », précise le directeur.

L’équipe d’HOPIS, cheville-ouvrière du tournoi.

En 2008, la FFT devient donc propriétaire des Internationaux de Strasbourg, mais pour une courte durée : dès 2009, elle veut céder le tournoi dont la gestion est jugée trop chronophage durant les préqualifications de Roland-Garros. « Quand Jean Gachassin m’a demandé mon avis, je lui ai dit que vendre le tournoi serait une erreur et contraire à ses ambitions de mettre en valeur la terre battue française et de développer le tennis féminin. À la fin du dîner, il me demande si cela m’intéresse, mais je n’en avais aucune idée, je me remettais tout juste d’une longue maladie. » Dominique Beau, le directeur de la Fédération, lui propose de candidater à l’appel d’offres. « J’ai été très surpris, car je ne suis pas affilié à la Fédération. C’est vrai que ma société Quarterback était l’agence événementielle officielle de Roland-Garros et que j’apportais des millions à la Fédération, mais aux yeux de certains, cela me classait dans les marchands », sourit-il.

Top niveau, écoresponsabilité, droit des femmes

Finalement Denis Naegelen candidate. « J’ai soumis un projet fondé sur trois engagements : changer la réputation du tournoi, en faire un événement écoresponsable et défendre le droit des femmes. » Face à lui, un projet à Cagnes-sur-Mer, soutenu par Christian Estrosi, l’ancien maire de Nice, « donc une force politique et financière supérieure à la mienne. » Finalement, la Fédération se concentre sur la réputation des IS : « J’ai été transparent : le tournoi manquait de joueuses de haut niveau. Les organisateurs des principaux tournois mondiaux m’ont tous répondu la même chose : pour avoir la crème du tennis, ils signent des accords financiers, des contrats de communication et cèdent des droits à l’image. C’est ce que j’allais faire, en toute légalité. » Quarterback devient alors propriétaire des IS fin 2009. En quelques mois, Denis Naegelen doit organiser le tournoi et fait un gros coup en convainquant la star du moment, Maria Sharapova, de jouer. En plus, elle remporte le tournoi. Denis Naegelen voit immédiatement le potentiel des Internationaux de Strasbourg. Mais il veut monter en gamme. « Le tournoi était situé à Hautepierre, ce qui posait un problème stratégique. Professionnellement, Quarterback est leader sur le marché français de l’hospitalité. Je suis l’agence officielle de Roland-Garros, des Masters de Paris, du Stade de France pour le Tournoi des Six Nations, des Jeux olympiques de Londres… En reprenant le tournoi de Strasbourg, j’ai naturellement cherché à développer le volet hospitalité, qui était faible en termes de revenus, mais présentait un potentiel majeur. »

Madison Keys et Danielle Collins aux Internationaux de Strasbourg en 2024

Du COVID au classement en WTA 500

Il décide de délocaliser le tournoi aux Tennis Club de Strasbourg, face au Parlement européen, non sans d’âpres négociations avec l’adjoint au maire du moment, Alain Fontanel. Sa stratégie de monter en gamme est payante : le Tout-Strasbourg court désormais les IS. En 2018, il revend Quarterback mais l’accord initial pour la gestion des IS n’est pas respecté. C’est là qu’entrent en scène trois Alsaciens : Jérôme Fechter, propriétaire de Karanta, Christophe Schalk, PDG de Mediarun, Top Music, et le champion Pierre-Hugues Herbert. Un board 100 % alsacien qui ancre le tournoi sur le territoire tout en développant son attractivité internationale. Mais les deux premières années d’exercice sont loin d’être simples, le COVID s’invitant dans l’équation. Audacieux, ils sont les premiers à maintenir l’événement avec les contraintes sanitaires induites. En 2023, l’équipe passe un nouveau cap, majeur celui-là, en candidatant pour devenir un tournoi WTA 500. Ils investissent plusieurs millions d’euros en fonds propres, impulsent des travaux nécessaires du Tennis Club de Strasbourg avec les collectivités territoriales. Les joueuses mondiales saluent ce tournoi écoresponsable, défenseur du droit des femmes, et aux petits soins. Elles lui attribuent la note de 4,1/5, au-dessus de la moyenne des tournois 500 dans le monde.
Cette troisième année au top niveau mondial marque le temps de la consolidation. Les actionnaires ont ouvert leur capital, rejoints par l’entrepreneur Philippe Dabi. Et caressent l’ambition d’avoir enfin un vrai stade capable d’accueillir cet événement sportif de très haut niveau, suivi par 15,7 millions de téléspectateurs dans le monde.

La Kazakhe Elena Rybakina remporte la 39e finale des IS.