Je t’aime passionnément, beaucoup, tendrement – La Chronique d’Aurèle in the City

Partager

Je t’aime passionnément, beaucoup, tendrement
(Décembre 2020)

 

Avant même qu’une relation s’installe réellement, on ressent une forme d’excitation, de stimulation et on se prend à imaginer que cette liaison peut être enfin la bonne ! Comme des p’tits papillons dans le ventre, on se laisse embarquer dans une sensation renversante où le sentiment amoureux prend toute sa place. L’autre provoque chez nous une attirance, une attente, quelque chose qui nous fait du bien mais qui occasionne aussi quelques palpitations cardiaques. Et puis on commence à flirter vraiment, à vouloir passer encore plus de temps ensemble, à s’apprivoiser comme dirait Monsieur je ne sais pas, à développer une sorte d’envie parfois exacerbée d’être avec l’autre. A (s’)aimer passionnément. On correspond toute la journée à travers textos et messages suggestifs. On s’attend après une journée de boulot pas forcément très productive, les nuits devenant trop courtes pour un sommeil réparateur… Quand certains manquent d’appétit, d’autres font flamber leur carte bancaire. Bye bye la culotte Petit Bateau et la gaine spéciale ventre plat, welcome déshabillés et lingerie fine… Je t’aime passionnément…

N’est-ce pas ainsi que débute toute love story, entre emballement émotionnel et ardeur sensuelle, entre fougue débordante et enivrement adolescent ? Si le début d’une relation se veut en général fortement passionnel, cette origine sentimentale peut-elle s’inscrire dans la durée ? Sommes-nous toujours passionnément emportés à l’approche des noces d’argent ou de perle ?

Mars 2021 ne sera pas le sinistre anniversaire du premier confinement qui figurera sûrement dans la prochaine mise à jour des livres d’Histoire. Ce mois-là marquera ma rencontre avec celui qui partage mes hauts et mes bas depuis 15 ans et je préfère largement cette perspective ! L’occasion de délecter mes lèvres de quelques coupettes (comme si j’avais besoin d’un prétexte !), de me dire « déjà !»  et pourquoi pas « encore »…

Bordel ! 180 mois, 129 600 heures et des centaines de milliers de bulles plus tard, mielleuse à mes moments (pas trop souvent quand même, c’est tellement pas moi….), je suis toujours une amoureuse passionnée.

Soyons honnêtes, c’est pas facile tous les jours. Parfois les cartes de rami volent (je ne supporte pas de perdre), des discussions vives voire acérées blessent, des réactions dignes de deux sales cons s’improvisent. Des doutes perturbent ce qui semble être harmonieux. Le quotidien s’immisce bien plus qu’on ne le souhaiterait. Des remises en question entrainent des craintes, des hésitations, des incertitudes.

On s’interroge quand la coupe est pleine, résultat de trop nombreux non-dits et d’accumulations de rancœur peut-être, de fatigue parfois, d’incompréhension, de quelque chose qui nous manque…

L’herbe est-elle plus verte ailleurs… ? L’âge nous rend-il moins patient, plus exigent, moins fun ? 25, 30, 35 ans de vie commune après, avec ou sans « oui », des enfants, des factures et des emmerdes, sommes-nous encore follement in love ?

Les semaines passent, les années défilent. Les premières rides apparaissent et je ne parle pas du reste. Les surprises sont moins… surprenantes. Les efforts des premiers mois ne sont plus forcément pleinement d’actualité. Les p’tites attentions et les instants euphoriques des débuts s’estompent. Les heures qu’on consacrait à l’autre se réduisent au fur et à mesure des naissances, l’équilibre du ménage mue, les paramètres des premières semaines à deux ont évolué… Franchement, on ne se marre pas du lundi au dimanche, encore moins en ce moment avec cette fichue crise qui met à mal nos jobs et notre moral.

Vu comme ça, le tableau à venir ne fait pas tellement envie et il semble ardu de se projeter ou d’imaginer arriver aux noces d’émeraude malgré l’éclat de cette pierre précieuse aux vertus plutôt séduisantes dont le pardon. Personnellement je veux toujours y croire. Malgré nos gentils désaccords, nos visions parfois différentes et nos caractères relativement explosifs, le respect et les sentiments passionnés éprouvés semblent faire le job. Ajoutons-y un peu d’extra dans l’ordinaire et me voilà replongée dans ma 28ème année… Cela suffira-t-il à nous protéger de quelques tentations ou lassitudes ? A nous mettre à l’abri d’un coup de canif dans le contrat ou d’un amour qui se transformerait progressivement en tendres émotions ? L’amour n’est pas une science exacte. En amour 2 + 2 ne font pas 4. Mais tantôt 2,5 tantôt 3. Tantôt 5 et parfois même bien plus…

© Anne Lienhart