Pour renouveler ses papiers d’identité, il n’y a plus de « bon » moment…

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Depuis fin 2021, c’est vraiment la galère pour obtenir un rendez-vous de renouvellement de ses papiers d’identité. Il faut compter trois mois en moyenne. La demande a littéralement explosé sur le territoire entre 2021 et 2022, de l’ordre de 64,5%, et de 30% rien qu’à Strasbourg. Mais pourquoi des délais si longs ? Et comment trouver un rendez-vous malgré tout ? Explications et recommandations.

Il n’y a pas à dire, c’est stressant ! Quand on a vraiment besoin d’un renouvellement de carte d’identité ou de passeport et que tous les rendez-vous sont grisés à trois mois, c’est même le flippe total. Mais on va commencer cet article par les bonnes nouvelles : des solutions existent.

La première, c’est de rafraîchir tôt le matin ou tard le soir le planning des rendez-vous. Il y en a forcément un qui se libère comme par magie à un moment donné. L’autre solution, c’est d’élargir son champ des possibles et de consulter les offres de rendez-vous dans d’autres communes du territoire via le site rendezvouspasseport.ants.gouv.fr lancé fin novembre. Le hic : toutes les communes ne s’y sont pas encore inscrites, à l’instar de Strasbourg. « Cela prend un peu de temps de se raccorder au système, mais l’État fait en sorte d’accélérer le pas », précise Djemel Kharradji, adjoint au chef de service accueil de la population. Après, à la date de bouclage de cet article, le 10 mai, le premier rendez-vous proposé sur ce site était le 25 août, à Wasselonne. Adios les vacances à Ibiza…
Dernière solution, testée pour vous, lancer un appel à l’aide sur les réseaux sociaux. Finalement, parmi vos amis, ou les amis de vos amis, il y a une probabilité que quelqu’un annule son rendez-vous à la dernière minute. Il suffit de signaler à la mairie que vous prenez son créneau, et le tour est joué !

PRISE EN COMPTE DES SITUATIONS PARTICULIÈRES

Enfin, l’administration n’est pas aussi fermée qu’on peut le penser. « Outre les motifs d’urgence – professionnels, médicaux, humanitaires – nous tenons compte des situations particulières et étudions les demandes, par exemple en cas de perte ou de vols de papiers, assure Djemel Kharradji. Nous recevons énormément de demandes par écrit : 70% d’entre elles ont obtenu à ce jour un rendez-vous. L’an dernier, nous avons ouvert un guichet dédié aux dispositifs d’urgence. On pensait qu’il serait temporaire, mais il perdure. »

Mais comment expliquer une telle tension dans le système sur tout le territoire ? Deux facteurs : le COVID, encore lui, et le lancement en 2021 de la nouvelle carte nationale d’identité (CNI) plus compacte, plus pratique. « 2020 a été une année blanche, alors que nous étions ouverts, se souvient Djemel Kharradji. En 2021, on a connu une reprise d’activité, mais timide, en raison des deux confinements partiels. Ce souvenir peut sembler lointain, mais les gens n’avaient pas de perspectives de voyage, les frontières étaient fermées. Et fin 2021, les demandes ont explosé. Courant 2022, la situation s’est dégradée, avec une forte attente des usagers qui avaient envie de prévoir des vacances ou tout simplement avaient besoin de papiers pour les choses du quotidien. À cela se sont ajoutés tous ceux qui ont attendu le lancement de la nouvelle carte d’identité pour renouveler leurs papiers. »

Résultat : au premier semestre 2022, les demandes de CNI ont explosé, suivi en fin d’année des demandes de passeport. « En 2021, sur le territoire national, nous avons fabriqué 7,3 millions de CNI et de passeports. En 2022, on est passé à 12,1 millions, précise Djemel Kharradji. À Strasbourg, nous avons enregistré une hausse de 30%, soit 60 000 titres édités en 2022, ce qui n’est pas anodin en termes de charge de travail. Cela se répercute forcément sur la capacité de rendez-vous. » Et cela n’est pas près de s’arranger : le premier semestre 2023 suit la même tendance, « et l’État estime que cette surcharge durera trois ans. »

UNE ESQUISSE DE SOLUTIONS

Des mesures ont bien été prises pour diminuer l’attente. En mai 2022, l’État a déployé un plan d’urgence, avec une enveloppe de 22 millions d’euros supplémentaires pour ouvrir de nouveaux guichets dans les communes non dotées de système biométrique ou soutenir les collectivités dans le recrutement d’agents en renfort. « Mais ce n’est pas si facile de recruter, car il faut former les agents, les profils doivent répondre aux enjeux de sécurité liés au traitement de données personnelles », rappelle Djemel Kharradji. Strasbourg a renoncé à ouvrir pour cette période estivale un centre temporaire d’activité. « Le recrutement est trop compliqué, mais dans la Région, deux ont été ouverts à Metz et Nancy. »

Autre mesure prise : permettre de passer examens et concours (permis inclus) avec des pièces d’identité expirées depuis moins de cinq ans. Afin de réduire les flux, le renouvellement de papiers pour changement d’adresse est suspendu de manière temporaire depuis le 12 avril. «

Aujourd’hui, la tension est telle que l’on peut se demander quel est le bon moment pour prendre rendez-vous, reconnaît Djemel Kharradji. Le conseil donné à Paris est de refaire ses papiers quand on n’en a pas besoin, car cela génère du stress pour l’usager. Mais cela fonctionnait bien quand nous avions des périodes de pics et de creux, ce qui n’existe plus. » Une solution : si vous n’êtes pas pressé-pressé, vous pouvez envoyer un courriel à la mairie afin de solliciter un rendez-vous au-delà des 90 jours glissants ouverts en ligne. Comptez ensuite en moyenne entre quatre et six semaines pour récupérer vos précieux sésames.

© Nicolas Roses