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Clément Gremillet et Maximilien Koegler n’ont pas vu « Demain » .

Le film de Mélanie Laurent et Cyril Dion. Et pourtant leur projet, leur énergie et leur foi en l’avenir y font bigrement penser. «Pas grave, se console Clément en souriant. Tous les gens qui m’en parlent me disent qu’on n’aurait rien appris en ce qui concerne notre spécialité. »

Ces deux alsaciens, experts en matière d’agriculture urbaine, se sont connus durant deux années de prépa au Lycée Jean Rostand de Strasbourg. Puis ils se sont retrouvés à SupAgro à Montpellier et ont décidé de poursuivre le travail lancé par d’autres étudiants avant eux : « Ils avaient eu cette idée folle de faire 12 000 km à vélo pour étudier en huit mois l’agriculture urbaine en Europe, raconte Clément, nous avons décidé de faire la même chose mais sur un autre continent. » « Agrovélocité », l’entreprise initiale, s’est alors déclinée en « Agrovelocity » et exportée aux Etats-Unis et au Canada.

5 000 km à vélo

D’avril à août 2015, Clément et Maximilien ont ainsi parcouru 5000 km sur leur bécane respective et étudié par le menu l’agriculture urbaine dans 13 villes. Entre autres New York, Philadelphie, Baltimore, Washington, Pittsburg, Cleveland, Detroit ainsi que Toronto, Kingston, Ottawa et Montréal où ils ont fini leur périple.

Quatre mois et demi par monts et par vaux en comptant sur le réseau d’accueil « Warm Shower » dédié aux cyclistes globe trotters pour trouver, un lit, une douche chaude – of course – et souvent un repas.

Business Model des fermes urbaines

Et au bout du compte ? En quoi l’agriculture urbaine nord américaine se distingue-t-elle de l’approche européenne ? « Chez nous, elle est encore mal connue, répond Clément, en Amérique et au Canada, elle l’est beaucoup plus. »

Parmi les axes étudiés par les deux Alsaciens s’est très vite dégagée la définition du « Business Model » des fermes urbaines. Comment peut-on dégager des revenus de la production ? Car c’est une vraie question là bas… « Parmi la soixantaine de projets que nous avons étudiés, précise Clément, il y a à boire et à manger. Certaines petites associations, new yorkaises par exemple, ont un rôle social, d’autres sont à vocation quasi « thérapeutiques » et proposent aux gens un moyen d’évacuer leur stress… Mais beaucoup de fermiers s’en sortent financièrement et pratiquent des méthodes de culture plus poussées. « Qui plus est sur des surfaces importantes », ajoute-t-il en évoquant des villes industriellement sinistrées comme Cleveland, Pittsburg, Baltimore et bien sûr Detroit. « Les gens ont reconquis ces surfaces pour faire face à un autre péril qu’on ne soupçonne pas en Europe : le « Food desert » » Là bas en effet, quand tout s’écroule, les supermarchés disparaissent et il faut parfois faire 10 km pour trouver un magasin d’alimentation en dehors des stations service. Cultiver s’impose alors comme une question de survie et n’a rien à voir avec un hobby à la mode. »

Un immense terrain des possibles

De cette formidable matière engrangée à la force des mollets et passée au crible de leur formation pointue, Clément et Maximilien ont d’ores et déjà tiré des vidéos utilisées pour des cours universitaires ainsi qu’une dizaine de conférences où ils ont insisté sur « le rôle de villes et des collectivités territoriales dans le développement de l’agriculture urbaine ».

« C’est vrai qu’au moment où on est partis, peu de choses se passaient en France, constate Clément. Aujourd’hui les choses commencent à bouger. Paris veut que, d’ici 2020, 100 ha de toits et murs soient végétalisés dans la capitale avec 30 d’entre eux destinés à la production alimentaire. L’idée est assez dingue dans une ville aux toits pentus mais les sites ont été identifiés et les appels à projets lancés. »

Le terrain des possibles est immense, Clément en est convaincu. Notamment au niveau de la rémunération des fermiers puisqu’à New York notamment, la mairie a décidé de leur reverser les montants correspondant aux litres d’eau absorbés par les cultures qui ne s’écoulent pas dans les canalisations et ne doivent donc pas être traités. D’autres exemples de ce type existent déjà en banlieue parisienne où certaines municipalités rémunèrent l’éco-pâturage qui rend inutile la tonte des terrains où broutent les moutons.

Rendre Strasbourg « meilleure » ?

Et à Strasbourg ? « L’Eurométropole étudie la question de l’agro-quartier envisagée en bordure de la forêt de Pourtalès à la Robertsau et, une semaine après notre retour, elle nous a demandé de venir en discuter avec les responsables», raconte Clément. Reste que si « Strasbourg est la ville française qui compte le plus grand nombre de jardins familiaux», il a l’impression « qu’en matière d’agriculture urbaine, les projets n’en sont encore qu’à leurs balbutiements… »

Maximilien et lui rêvent en tout cas de faire quelque chose ici. « J’aimerais rendre ma ville natale « meilleure » », dit le premier. « Trouver un terrain, monter une ferme qui soit un lieu de vie où les gens puissent venir et relocaliser la production alimentaire « dans leur tête »…

Pour l’heure, il installe des fermes aquaponiques (mix agriculture et élevage de poissons) à Liverpool où il supervise également quatre sites d’agriculture urbaine.

Il a 24 ans, tout comme Maximilien. L’avenir s’ouvre à eux au moment  où leur solide formation d’ingénieur-agronome spécialisé en agriculture urbaine n’est partagée que par une trentaine de personnes en France.

« Demain » aura besoin d’eux, c’est une certitude.

Agrovelocity
Site : www.agrovelocity.org

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