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Faisceau de coïncidences : le jour-même où le programme des Bibliothèques idéales 2017 est publié sur le site internet de la manifestation, on apprend via le fil Facebook d’un journaliste des DNA qu’Amazon va ouvrir un centre de livraison à Strasbourg et, quelques heures plus tard, à la livraison du Monde du jour, le visage de Jeff Bezos, le fondateur et boss du leader du e-commerce, illustre la Une du quotidien avec ce titre « Comment Amazon pulvérise la concurrence ». A l’intérieur, deux pages édifiantes et un édito qui parle de « comportement prédateur » et de « conquête planétaire ». Au passage, on apprend le chiffre d’affaires d’aujourd’hui : 135 milliards de dollars. Et celui prévu dans dix ans : 500 milliards de dollars. Pour fermer le ban, ces mots : « Pour lui (Jeff Bezos – ndlr), Amazon n’est plus une entreprise de l’Internet mais une société qui entend changer le monde réel par le numérique. » Nous voilà prévenus…

Revenons au fil Facebook du journaliste local qui nous a appris l’ouverture du centre de livraison d’Amazon à Strasbourg. Dans les commentaires, passons rapidement sur les quelques chantres de la modernité triomphante s’extasiant sur la bonne nouvelle (les mêmes avaient salué l’arrivée d’une marque américaine de café dégueulasse comme un « marqueur » de l’image de marque internationale de Strasbourg, rien que ça ! On en rigole encore…).

La question des impôts

Une immense majorité des posts publiés évoquait d’emblée le cas du livre. « On n’est pas aux USA, ici, on aime aller dans une librairie pour acheter un livre », lisait-on souvent. Réjouissant car, aux Etats-Unis, justement, les librairies ferment les unes après les autres. La faute à Amazon certes, mais aussi au fort développement des liseuses électroniques. Rien de tout ça, pour l’heure, en France. On n’est guère moderne, dans notre bon vieux pays : pour l’instant, on adore encore le livre-objet. Acheté dans une bonne vieille libraire, du moins quand il en reste encore une pas trop loin de chez soi…

Et puis, au bout de quelques minutes, un, puis deux, puis trois, quatre commentaires qui abordent l’essentiel : « Et si Amazon se mettait à payer ses impôts en France, ce serait bien aussi… »

La face cachée du mastodonte sur toute la planète

On y arrive : c’est la face cachée du mastodonte, aux USA, en France, sur toute la planète. A l’instar de ses collègues, les modestes Facebook, Apple, Google… entre autres, Amazon « optimise » à outrance sa contribution fiscale et, en France, ne cède qu’une poignée de cacahuètes.

Alors, oui, poussons le raisonnement jusqu’au bout. Si notre bon vieux pays résiste encore à l’éradication systématique des librairies, il le doit aussi à un vieux truc des années 80, la loi sur le prix unique du livre qui interdit à Amazon comme à tous les autres distributeurs de faire du dumping sur le prix des ouvrages. Un vieux truc, une mesure de cet affreux Etat qui, à l’époque, se mêlait de tout, un vieux truc à faire hurler, aujourd’hui… Tout sauf « un marqueur » de la modernité.

La vraie modernité

Dans la foulée, on en viendrait presque à rêver d’une splendide idée : celle d’un gouvernement parvenant à se faire respecter, et disant au mastodonte Amazon : soit tu payes normalement tes impôts en France sur la base du chiffre d’affaires que tu réalises chez nous, soit tu continues à nous piller et alors, tu prends tes cliques et tes claques et tu dégages ! Là, j’entends déjà les zélotes ultra-libéraux s’étrangler de rage mais moi, je me dis que oui, ça serait de la vraie modernité une telle attitude.

Mais bon, quand je lis le titre qui barre la une du même quotidien juste au-dessus de la bouille du bon Bezos, je me dis que c’est pas tout à fait gagné…

Bien, encore quelques jours, et on va commencer à déguster les rendez-vous des dix jours des Bibliothèques idéales, avec de vrais livres qu’on peut acheter en librairie, de vrais gens connectés par les oreilles et les yeux à de vrais écrivains en chair et en os. Sans l’ombre d’un écran connecté entre nous. En live…

Qu’est-ce qu’on est ringard, quand même !

Qu’est-ce que c’est bon !

 

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