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Où en est-on à Strasbourg sur la problématique de la pollution de l’air et son impact sur notre santé ? La question posée ainsi, paraît simple mais, à y regarder de près, la réponse précise est impossible. Les médecins, eux, tirent la sonnette d’alarme. Et les malades, de plus en plus nombreux, souffrent…

Les chiffres officiels de la santé publique française le disent avec précision. Derrière le tabac (72 000 morts par an) et l’alcool (49 000), la pollution de l’air que nous respirons quotidiennement est la troisième cause de mortalité en France, avec 48 000 décès chaque année.
La lecture des quatre pages du dossier titré  « À la reconquête de l’air » dans le dernier numéro d’Eurométropole Magazine rappelle que c’est le domaine des transports qui est responsable à lui seul de 60% des émissions d’oxydes d’azote (NOx, -voir graphique de l’ATMO, ex-ASPA, plus avant-) suivi par le logement -particulièrement le chauffage-, l’industrie et l’agriculture venant ensuite.

À l’heure où la vignette Crit’Air (obligatoire depuis le 1er novembre dernier) classe nos véhicules en cinq catégories -du plus polluant au moins nocif- et est censée permettre d’interdire la circulation des véhicules les plus polluants en cas de pic important de pollution, la pollution de l’air à Strasbourg apparaît désormais comme un problème considérable en matière de santé publique.

Les mesures dont on dispose (lire ci-dessous) font toutes apparaître une lente mais réelle baisse de la pollution de l’air constatée ces dernières années. La baisse des concentrations en NO2 est due pour l’essentiel aux effets remarquables de la diminution du trafic automobile, couplée à l’amélioration technique que les constructeurs n’ont cessé d’apporter au parc automobile. Le chiffre de la diminution du trafic routier est spectaculaire : en 1990 (juste avant la mise en service de la première ligne du tram, entre Hautepierre et Baggersee), 240 990 véhicules étaient décomptés en entrée de ville. Ils n’étaient plus que 152 250 en 2015, date de la dernière enquête effectuée, alors que le parc automobile n’avait bien sûr pas cessé de croître durant ces seize années.

Attention cependant aux effets de focale, tant dans la mesure que sur le terrain. La pollution due aux transports s’est améliorée à proximité des grands axes routiers qui traversent l’agglomération strasbourgeoise mais reste cependant trop importante. Et puis, la nature même des mesures et les normes à respecter font débat. Les seuils édictés par les normes européennes sont respectés sur tout le territoire eurométropolitain, mais à l’exception notable de la proximité des grands axes routiers.
Pour les particules les plus dangereuses PM10, PM2,5 et on ne parle même pas des particules encore plus fines (lire la passionnante interview du Docteur Bourdrel) : le territoire là encore respecte les normes européennes mais dépasse, partout, les valeurs de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Située au fond de la cuvette naturelle formée par les Vosges à l’Ouest et le massif de la Forêt-Noire à l’Est, et très exposée au trafic routier et de poids lourds, Strasbourg et son agglomération affichent une concentration moyenne annuelle de particules fines PM10 de 25,6 microgrammes par mètre cube (µg/m3), selon une étude de l’Institut de veille sanitaire (InVS) publiée en janvier 2015 et qui portait sur 17 agglomérations françaises. La capitale alsacienne arrivait en huitième position des villes françaises les plus polluées, derrière Marseille (31,8 µg/m3), Lille (30,9 µg/m3) et Lyon (29,5 µg/m3). Toutes dépassaient donc allègrement les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) , qui recommandent un maximum de 20 µg/m3 pour les PM10 en moyenne annuelle.

Il y a les statistiques et leurs problématiques, mais il y a aussi la vie quotidienne de toutes celles et ceux (adultes, enfants) qui pâtissent des effets de la pollution de l’air à Strasbourg. Nombre de médecins peuvent en témoigner : les consultations qui concernent les pathologies respiratoires sont en hausse très sensible. Pour faire le point, nous avons rencontré deux familles où les enfants les plus sensibles sont en souffrance et le docteur Thomas Bourdrel, fondateur de Strasbourg-Respire qui dénonce une situation, selon lui, bien plus dégradée que communément annoncé (à retrouver cette semaine sur Ornorme.fr)

Témoignage – Katja Ernst

 Lors des pics de pollution, je dois prendre ma voiture… C’est absurde !

Originaire de Berlin, Katja Ernst vit à Strasbourg depuis 12 ans avec sa petite famille. Fragilisé depuis son plus jeune âge, son cadet, âgé de 12 ans, déclenche des crises d’asthme lors des pics de pollution…

Théo a 12 ans et demi. Scolarisé à Saint-Étienne, il prend chaque jour son vélo pour se rendre au collège. Sa maman, Katja, tient depuis toujours à développer son autonomie en lui donnant les clés pour des déplacements sécurisés. Tout comme elle l’a fait pour son aînée Elena, 22 ans, et son petit dernier, Yann, 10 ans, qui se rend à l’école du Conseil des Quinze à pied.
Théo est allergique aux acariens et aux pollens. Depuis ses deux ans, il est suivi par un pneumologue. « Il a commencé à faire beaucoup de bronchites vers deux-trois ans. Déjà à l’époque, notre pneumologue nous avait recommandé d’éviter d’habiter à la Robertsau ou près de Kehl, à cause des pics de pollution. Mais quand on regarde la carte, peu de zones sont épargnées en Alsace. » Sur les recommandations de leur spécialiste, la petite famille part trois semaines à la montagne en Autriche. « La toux de Théo s’est de suite calmée et après il n’a plus toussé pendant longtemps. »
Katja a découvert la pollution en arrivant à Strasbourg à 32 ans. « Certes, Berlin est une très grande ville, mais il n’y a pas d’industrie, l’air est bien meilleur. Moi-même depuis que je suis à Strasbourg, je fais cinq-six sinusites par an, nécessitant antibiotiques et cortisone ! » Son petit dernier, Yann, enchaîne les bronchiolites bébé. « Quelque chose que mon aînée n’a pas connu à Berlin. Hasard ou coïncidence ? » De proches amis ont quitté la Roberstau pour Hambourg avec un enfant en proie aux crises d’asthme la nuit. « Depuis, il n’a plus rien… ».

Prendre la voiture pour éviter d’exposer son fils…

En décembre 2016, Théo rentre comme toujours à vélo de son collège. « On entendait clairement ses poumons siffler ! Nous sommes allés voir notre pédiatre, le Docteur Provost, qui nous a expliqué qu’il y avait un lien entre la pollution de l’air et les crises d’asthme. Cela m’a étonné venant d’un scientifique. Mais quand Théo a refait de l’asthme, j’ai vérifié la qualité de l’air sur le site de l’ASPA … Et cela correspondait. »
Le médecin est formel : en cas de pollution, il faut éviter à Théo de faire du sport en extérieur. « Du coup, je l’emmène au collège en voiture en cas de pics de pollution pour ne pas l’exposer… J’aggrave alors la pollution, je suis dans les bouchons… C’est absurde ! »
Mais quelle autre solution ? Sans être militante, Katja limite ses déplacements en voiture aux grosses courses au supermarché ou pour emmener ses enfants à leurs activités à Kehl ou Hautepierre. « On se réjouissait de l’arrivée du tram à Kehl, mais cela nous prend 45 minutes de trajet contre 20 minutes à vélo… » Sa petite voiture n’est pas de toute jeunesse avec un Crit’Air 3, « mais lorsqu’elle arrivera en bout de course, on envisage Citiz. »
Si elle considère la volonté de la ville de Strasbourg de sortir la voiture du centre « comme un cadeau », elle sait aussi qu’il est difficile de s’en passer avec de jeunes enfants. « Après, c’est la facilité, je le reconnais. Nous partons tous les week-ends en Forêt Noire… On pollue pour pouvoir prendre l’air ! C’est absurde une nouvelle fois. Mais les transports en commun ne facilitent pas assez les déplacements. » Si Théo passe un meilleur hiver cette année suite à un traitement de fond – et parce qu’il est plus grand aussi – Katja envisage déjà de quitter Strasbourg après le bac de ses enfants. « L’air est une bonne motivation ».

Témoignage recueilli par Barbara Romero

 

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