Un Alsacien au Japon – épisode 67

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Seul sur la plage

L’avantage de Tokyo, c’est que la ville se situe à seulement 1h de train de la mer comme de la montagne. Avant les chaleurs écrasantes de l’été (où il vaut mieux se réfugier dans les hauteurs), vous avez donc décidé d’aller tremper les pieds dans l’eau du Pacifique, l’occasion de vous rendre compte que même à la plage, les Japonais ne font rien comme tout le monde…

Après avoir pris un train puis un bus, vous traversez une forêt de camphriers pour déboucher sur une crique paradisiaque. Du sable, peu de monde, la journée s’annonce parfaite. Le soleil ne tape pas encore trop fort et dans le ciel, à part de grands oiseaux, pas un nuage. Vous étendez votre serviette et commencez à observer vos amis plagistes. Première surprise, vous êtes le seul bras nus. Même à l’eau, on garde un t-shirt à manches longues sans parler des casquettes à longue visière qui couvre intégralement le visage des femmes. C’est qu’au Japon être bronzé est mal vu, il faut à tout prix conserver un teint diaphane (évoquant encore aujourd’hui l’aristocratie). Casquées comme Dark Vador, les femmes ajoutent même des manches amovibles à leurs t-shirts et chaque petite famille a une tente où s’allonger. Aucun risque d’attraper un coup de soleil. Vous, vous avez juste apporté votre crème (indice 50 tout de même) et commencez à vous tartiner le corps avant d’aller à l’eau. Vous comprenez qu’il va vous falloir vite plonger car vos tatouages font forte impression. Le gardien de la plage vient d’ailleurs rapidement vous expliquer qu’il faudra remettre votre t-shirt après votre baignade. Décidément, on a peur des couleurs par ici.

un véritable self-service pour rapaces

Pour le reste, la matinée est parfaite : baignade, lecture, le tout au son du ukulélé (joué par des dames sous leur tente). Des enfants s’amusent dans les rochers, on crie, on appelle maman, elle arrive et plonge le bras dans un trou d’eau pour en ressortir un poulpe mécontent qui finira sur le barbecue. C’est d’ailleurs l’heure du déjeuner et l’air marin vous ayant creusé l’estomac, vous déballez vous aussi vos sandwichs. La famille aux tentacules vous fait des signes, charmant, vous répondez « itadakimasu ! » (bon appétit !) quand soudain votre sandwich disparaît. Comme par magie, votre thon-mayo s’est volatilisé, c’est à peine si vous avez eu le temps de voir fondre sur vous ce faucon. Lui ça fait deux heures qu’il vous a repéré, bien à découvert, il n’y avait plus qu’à attendre la nourriture, un véritable self-service pour rapaces. Un peu choqué vous comprenez mieux désormais les signes des autres plagistes et, penaud, allez ouvrir votre paquet de chips à l’abri sous un palmier. A l’ombre, vous vous laissez porter par le bruit des vagues et faites une petite sieste.

Fin d’après-midi les parents rappellent les enfants et replient les tentes, c’est le moment où les étudiants viennent flâner en bande sur la plage. On chahute et dès la nuit tombée (il fait nuit à 19h l’été), on allume des feux d’artifice. Assis dans le sable, les jeunes gens vous font signe, par réflexe vous scrutez le ciel, qui sait peut-être y a-t-il des chauves-souris ? En réalité on vous invite juste à boire une bière fraîche.

(Re)découvrir l’épisode précédent > Un Alsacien au Japon – épisode 665